Rendez-vous avec l'orgue de Saint-Thibaut

La machine qui chante

Inspiration, expression

Là, au fond de l'église, derrière le sanctuaire et l'autel, s'élève, majestueux, l'orgue. Il encadre la verrière d'abside qui monte en flèche à trente-cinq mètres. Il lance ses tuyaux rutilants à la poursuite de cette élévation. Élévation du regard, mais aussi de la prière, comme le suggèrent les deux demi-buffets en forme de paumes qui font offrande. Mais l'orgue n'est pas seulement une évocation visuelle, il est avant tout un instrument de musique. Une machine à chanter, ainsi que le décrit son nom même : le mot grec Organon (ou, n.) signifie  "construction", "machin", d'où instrument, machine et autres trucs. D'ailleurs, c'est l'invention d'un ingénieur, Ktesibios d'Alexandrie.

L'orgue de l'église   Saint-Thibaut   (située au Pecq dans les Yvelines), lui, a été construit par Daniel Kern, facteur d'orgues alsacien de renom international. Remarquable par son intégration harmonieuse dans l'architecture moderne et lumineuse du sanctuaire construit en 1964, cet orgue reste fidèle au meilleur de la tradition et de l'esthétique sonore de la facture alsacienne et saxonne, et se veut l'apôtre de l'âge d'or de la musique baroque. Cela ne signifie nullement qu'il s'interdit tout autre répertoire, au contraire. Les surprises — et parmi les meilleures ! — ne font que poindre… Car il a été conçu pour exalter la fantaisie des improvisateurs et la musique vivante. Voici donc un superbe organe d'expression musicale, culturelle et spirituelle. 

Il a été inauguré le 4 mai 2008, mais déjà son histoire se construit.

Serviteur de la liturgie, cet instrument est voué par son acte de naissance à la fois au chant choral, à la révélation des talents, jeunes et confirmés, et à l'éveil de passions nouvelles.

Description de l'orgue Kern


Façade de l'orgue Kern de Saint-Thibaut au Pecq (78).


Instrument équilibré. Buffet original, pas vrai ?
Pourtant ce n'est plus l'instrument qui avait été projeté. Bien qu'il comporte aussi 23 jeux, ceux-ci sont répartis sur deux claviers manuels seulement. La boîte expressive a disparu, tandis que la Pédale s'est étoffée. Et l'originalité alors ? Pourquoi donc ces changements ?
La réponse est dans la réalisation. Une contrainte architecturale a rendu impossible la construction de l'orgue élaboré au départ. La Commission d'art sacré de Versailles a vivement recommandé (à juste titre), avant de donner son accord, que la verrière de l'abside ne soit pas occultée. Le buffet, en conséquence, devait adopter une répartition en deux corps.
Cette "contrainte" en définitive se révéla féconde. Mais qu'a-t-on placé dans l'un et l'autre demi-buffets ? Celui de droite inclut le Grand-Orgue ainsi que le Positif en gravures alternées. La console y est placée en fenêtre. Cela fait beaucoup à caser dans le même meuble de 3 m x 2,5 m d'emprise au sol. De fait, il n'est pas possible d'isoler le Positif dans une boîte expressive. La préférence s'est portée sur un choix de jeux intéressant et conséquent.
Que reste-t-il à mettre dans le corps de gauche ? Les jeux de Pédale, qui supportent mieux d'être éloignés de la console et de l'organiste, tant d'un point de vue mécanique qu'acoustiquement. En conséquence, la Pédale a tout le loisir d'être fournie.
Vous comprenez bien qu'un sommier de Récit ne pouvait pas trouver sa place dans cet édifice, à moins de vergettes de 6 m de long, ce qui n'est pas souhaitable pour ce type de clavier.
Car l'option d'un instrument entièrement mécanique, surtout pour la commande des soupapes, a bien été comprise comme une exigence.
En conclusion, ce que l'orgue a ainsi perdu en originalité et en richesse des plans sonores, il l'a gagné en fiabilité mécanique et, d'une certaine manière, en cohérence, dans le sens de consistance. Et puis, ce qui est essentiel, cela a permis à cet instrument d'exister et de venir compléter le patrimoine culturel de ce centre urbain récent, regroupant quelque 20 000 habitants.

Un orgue d'un seul tenant ne pouvait en aucun cas dégager jusqu'en bas la verrière de l'abside. Or il apparaissait essentiel à l'association que l'instrument s'inscrive harmonieusement dans l'architecture typique de cette église des années soixante, toute d'élan et de clarté. Et force est de dire que c'est une réussite.

 

Dans le tableau, les couleurs correspondent aux types de jeu.
Vert = Jeu de fond à bouche (type flûte à bec)
Rouge = Jeu de mutation simple (un tuyau par note)
Bleu = Jeu de mutation composée (plusieurs tuyaux par note)
Orangé = Jeu d’anches (type clarinette).

1er clavier : Grand-Orgue – 10 jeux *
1. Quintaton 16’
2. Principal 8’ (jeu de montre)
3. Rohrflöte 8' (Flûte à cheminée)
4. Principal 4’
5. Quint 2’2/3
6. Octave 2’
7. Cornet V
8. Mixtur IV (Fourniture)
9. Dulziane 16’ (Douçaine)
10. Trompete 8’ (Trompette)

* A ces 10 jeux s'ajoute la Viole de Gambe 8', commune au Positif et au Grand-Orgue.

2e clavier : Positif – 8 jeux
1. Bourdon 8’
2. Viole de Gambe 8’
3. Spitzflöte 4’ (Flûte à fuseau)
4. Nasard 2’2/3
5. Octave 2’
6. Quint 1’1/3
7. Terz 1' 3/5 (Tierce de Principal, issue de la Sesquialtera II préexistante)
8. Krummhorn 8’ (Cromorne/Cor de chamois)

Pédalier : Pédale – 5 jeux
1. Subbass 16’ (Soubasse)
2. Principal-Bass 8’
3. Flöte-Bass 4’
4. Posaune 16’ (Trombone)
5. Trompete-Bass 8’ (Trompette de pédale)

Cet ensemble est complété par l’Accouplement du clavier de Positif sur celui de Grand-Orgue (II/I) et par les Tirasses (I/Péd, II/Péd), qui appellent au pédalier les jeux tirés au Grand-Orgue ou au Positif. Un autre dispositif, dénommé Tremulant (Tremblant), en variant légèrement le débit d’air, confère un vibrato au son émis.

Autre élément important, l'instrument est désormais harmonisé selon le tempérament inégal de Neidhardt, dit "Grosse Stadt".