Le choix des jeux

L'organiste peu familiarisé avec les termes de la facture instrumentale aura tout intérêt à se reporter au signet "Particularité des jeux" qui se trouve sous la rubrique "L'Orgue" —> "Description de l'orgue Kern".

Comment choisir les registres ?

L'une des particularités les plus marquantes de l'orgue est d'être polytimbral. L'instrumentiste a la possibilité non seulement de changer de sonorité à son gré en choisissant parmi les jeux de l'orgue qu'il a sous les mains (et les pieds), mais aussi de les mélanger. Cela, bien évidemment, suppose un minimum de connaissance de ce que le mélange choisi va donner. Voici donc quelques exemples appliqués à l'accompagnement liturgique.

Le choix des registres que l'organiste va tirer pour accompagner les chants dépend de trois facteurs :

1. Le type d'écriture, ou forme de la pièce.
2. Le contingent des chanteurs, nombre et qualité, qui vont intervenir.
3. Le style d'accompagnement, nombre de voix, agencement.

Le premier point consiste à préparer à l'avance sa registration. Le second est de tirer le meilleur parti des poissibilités de l'orgue en question : ici, deux claviers, pédalier, accouplement et tirasses.

Prenons comme exemple l'un des fondements du chant de l'Église, le psaume.

Accompagner le psaume

1. La forme du psaume : c'est une pièce composée d'une Antienne et de Versets alternés.
2. Alors que l'Antienne est chantée par l'Assemblée, les Versets le sont par un chantre ou la Schola, autrement dit par un soliste ou un petit chœur.
3. Tenant compte de ces dispositions, l'organiste composera sa registration en différenciant celle du Grand-Orgue et celle du Positif. La première est dévolue à l'Assemblée, la seconde à l'effectif réduit.

GO    = Exclusivement des jeux de fond (sauf pour préluder) : Rohrflöte 8' + Viole de gambe 8' (pour éclaircir et donner du relief).
POS    = Bourdon 8'.
Péd    = Subbass 16'.

Voilà donc le "service minimum". Essentiellement des jeux de 8'. Mais à partir de cette base, on peut aisément "colorer" un peu le tableau.

Enrichir l'accompagnement

Tout d'abord, il est d'usage d'introduire l'Antienne, voire de préluder. Si le prélude appartient à l'organiste improvisateur, l'introduction est, quant à elle, plus cadrée. Elle doit à la fois donner la voix de l'Assemblée (ou du moins l'incipit), établir l'harmonie et terminer dans le ton de départ (qui peut se révéler différent de celui de la pièce).

Mais, concernant le psaume, la mélodie in extenso de l'Antienne sans accompagnement est souvent la meilleure des introductions. Il peut alors être utile de "colorer" cette simple ligne mélodique, en tirant (en plus de la Rohrflöte 8') le jeu de Quint 2' 2/3. L'accompagnement sobre au Bourdon 8' du Positif conférera à cette Antienne un air de choral, qui tiendra lieu de prélude de façon tout à fait honorable.

Les organistes auront à cœur d'asseoir l'harmonie au moyen d'une Pédale de 16'. Le plus simple étant de jouer au pied la tonique de chaque accord sur temps fort.

Il reste à ne pas oublier de repousser le tirant de la Quint 2' 2/3 avant l'entrée des voix. En effet, les chanteurs peu expérimentés seront déroutés par l'harmonique de quinte, et risquent rapidement de détonner. Il convient donc d'anticiper l'entrée des chanteurs, en posant clairement les bases qui leur seront nécessaires :

• le ton juste
• l'harmonie adéquate
• une registration adaptée au chant (hauteur, amplitude, caractère, etc.) et à l'effectif.

Dans cet ordre de considérations, si l'alternance se fait entre la Schola (petit chœur, un chanteur par voix) et un soliste, la registration sur des jeux flûtés suffit. Mais si une assemblée fournie – et chantante – doit intervenir, il est préférable d'ajouter au GO le Principal 8'. Une alternance entre cette assemblée et la schola entraînera une registration différente :

GO    = Principal 8' + Rohrflöte 8' [+ Flöte 4']
POS    = Bourdon 8' + Viole de gambe 8'
Péd    = Subbass 16' [+ Principal-Bass 8']